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Cartes postales depuis Cathare’s land (septembre 2010), par Jean-Luc Charlot

Publié le : 15 janvier 2012 à 22h41

Mon mouchoir par-dessus

Une journée entière à traverser des paysages en suivant une succession d’autoroutes dont je me souviens que l’on dit parfois qu’elles sont une « saignée » dans le paysage. Au sens de l’ébéniste plutôt qu’à celui de l’apothicaire : cette entaille profonde et de faible largeur faite à l’aide d’un outil tranchant. Tout paysage traversé sans effort (à pied, à cheval, en vélo) défile comme un film, une succession d’images devant lesquelles on finit par somnoler. Sur une aire (erre ?) d’autoroute, cette petite mortaise ombragée dont certaines d’entre elles sont équipées pour venir s’y repaître de carburants, sandwichs et autres confiseries, je méditai sur cette « saignée » qui déroule son ruban monotone, tout juste diverti de panneaux stylisés qui annoncent les lieux (sites et monuments), que nous frôlons et que nous n’apercevons pas, quand un groupe d’airants (ainsi désigne-t-on les automobilistes ayant retrouvé momentanément la station debout) échangeait des informations glanées sur la fréquence radio qui accompagne les usagers de l’autoroute : trente kilomètres en « accordéon » étaient promis pour contourner Bordeaux. Rouler en accordéon signifie avancer à la vitesse d’un escargot (gastéropode connu pour sa patience), et je m’étonnais qu’aucun d’entre eux ne s’insurge en vociférant qu’il était inadmissible d’être ainsi « pris en otage » par l’infrastructure autoroutière et tarifée, comme ils l’auraient vraisemblablement fait s’ils empruntaient un train subissant quelque retard. J’étais prêt à disserter sur le mythe de l’usage de la bagnole comme outil suprême de liberté, que l’industrie automobile leur avait vendu depuis Henri Ford (et dont le modèle s’effrite un peu désespérément depuis une trentaine d’années), qui les avait contaminés au point de vilipender à tout propos la SNCF et ses salariés et d’admettre comme une fatalité les dysfonctionnements conjugués des industries automobiles, pétrolières et autoroutières, dont les effets dépassent largement la production de simples retards… Par lassitude ou bien par paresse, je renonçais à entrer dans leur conversation et je ramassais mes arguments dans ma poche, avec précaution, comme me le conseillait autrefois ma maman : mon mouch


Des punaises au Campanile

Toulouse. Hôtel Campanile. À deux pas de la Cité de l’Espace : une mauvaise maquette évoquant une fusée sur son pas de tir y fait figure d’enseigne. En plein milieu d’une de ces zones industrialo-commerciales qui bordent désormais chaque cité digne de ce nom. L’hôtel jouxte un chantier momentanément en jachère pour cause de week-end (nous sommes vendredi soir) et la direction de l’hôtel affiche ses excuses pour ce désagrément qui servira le confort de ses futurs clients… tout en desservant celui de ses clients actuels !

Il y a quelque chose du motel dans l’architecture de ce Campanile (alors que le fonds de pension propriétaire méconnaît sans doute qu’un campanile est un clocher de forme carrée ou ronde, généralement percé d’arcades sur plusieurs niveaux). Un motel les pieds dans les gravats, le nez dans la cour du B and B (très) proche, ce qui accentue le sentiment de désespérance qui nimbe ce lieu où l’urbanisme et l’architecture semblent avoir été conçus pour empêcher tout projet, toute idée même d’habiter…

Au restaurant : le très fin et très gracieux entrelacs tatoué au poignet de la serveuse que j’imagine un instant pouvoir être guyakis, mais qu’elle nommerait tout simplement tribal, depuis qu’on choisit ces ornements autrefois sacrés sur un simple catalogue…

Dans le journal local, lu au petit déjeuner, on annonce une opération d’envergure pour se débarrasser (définitivement, espère-t-on) de punaises qui habitent (sans y avoir été invités, faut-il le préciser) un immeuble d’une cité populaire de Toulouse. La modernité technocratique ne reculant décidément devant aucun territoire de la vie sociale, il est précisé que le bailleur social a fait précéder cette opération d’un diagnostic, réalisé par une officine spécialisée : appartement par appartement, meuble par meuble… S’agissait-il de répertorier, de comptabiliser, de ficher les punaises avant de les éradiquer ?

 

La petite fille aux furets

Entre Toulouse et Mazamet, on frôle Castres et par la même occasion on manque la visite du musée Jean-Jaurès, alors que se prépare à La Rochelle, l’université d’été du parti socialiste où, se murmure-t-il, « planera l’ombre portée de DSK, le meilleur candidat de la gauche aux prochaines présidentielles ». Lisant cela dans Libération (DSK, le meilleur candidat de la gauche ! On en rirait si un humoriste l’avait prononcé…), je me dis que celle de Jean Jaurès qui jamais ne voulut séparer la République des idées de justice sociale, sans lesquelles, elle n’est qu’un mot, affirmait-il, manquera cruellement à cette université.

On roule entre des platanes à la peau squameuse, eczémateuse, dépassant des maisons recouvertes de ce crépi doré propice à capter cette lumière et l’on arrive à Mazamet où l’on s’aperçoit que l’on a manqué de peu (une semaine pour tout dire), la « Laurent-Jallabert », une fameuse course cycliste locale en l’honneur de « Jaja », l’enfant du pays.

On passe à Hautpoul, site médiéval et artisanal, dont on retiendra (pour une prochaine fois) que l’on peut y louer, à la semaine ou au mois, quelques maisons, lieu de villégiature et de tranquillité possibles…

On arrive à Lastours, où un périple organisé et tarifé permet de visiter les ruines de châteaux et autres forts, présentés avec suffisamment d’ambiguïté pour les faire croire « cathares ». Alors qu’à la fin de la croisade, les troupes royales détruisirent les châteaux initialement occupés par des partisans du catharisme pour en reconstruire d’autres un peu plus haut (ceux dont on visite les ruines actuellement). Bénéfice des « sectes » vaincues par la répression, il flotte autour d’elles, pour des siècles et des siècles, un parfum de rumeurs qui se mue en légendes : ici, un réseau de souterrains qui auraient relié ces forts les uns aux autres et l’un même à Carcassonne (ce que la géologie du lieu rend peu probable), laissant augurer la fuite anonyme du dernier carré de fidèles assiégés qui auraient pu ainsi perpétuer en secret cette tradition ; ou même la dissimulation d’un trésor…

On passe par Puivert qui est aussi un château (en cours de restauration) et un de ces villages méridionaux aux rues étroites, organisées autour d’une rivière propice à apaiser les effets d’une chaleur parfois brûlante, aux maisons aux volets clos dès le matin afin de conserver la fraîcheur, avance-t-on le plus fréquemment, à moins qu’il ne s’agisse d’obscurs secrets… Près de la halle de la place centrale, chapeautée d’une impressionnante charpente, une petite fille, ce jour-là, y promène en laisse, un peu mélancoliquement, m’a-t-il semblé, deux furets…

 

Le trou du cul du monde

À Tarascon sur Ariège, un panneau publicitaire annonce « la plus vaste grotte d’Europe ». Un petit chalet en bois peint d’un grenat tout juste atténué par la force du soleil qui l’assomme à mi-hauteur du massif où se distribue un réseau de grottes. Sur trois lauzes (découpées maladroitement pour faire penser à un blason ?), le mot « réception » est peint dans au moins trois langues (dont l’une est l’espagnol, à moins qu’il ne s’agisse de l’occitan). Autour, trois bancs métalliques (d’un modèle prodigieusement ajouré de trous régulièrement disposés et d’une taille proche de celle d’une pièce de dix centimes, mais l’expérience montre qu’une telle pièce ne peut passer au travers, alors que l’impression générale laisse à penser que l’on va poser ses fesses sur de la dentelle, ce que dément le premier contact : froid et sec), ainsi que deux chaises en plastique moulé blanc dont on a pris l’habitude de faire le mobilier usuel des salons dits de jardins : le tout constituant ce qui est organisé comme un point d’accueil et vraisemblablement d’attente (les visites étant organisées à heure fixe et précise). On renonce (par fierté de randonneur) à emprunter le petit train qui serpente sur le petit kilomètre qui permet d’accéder au porche de la grotte dite de Lombrives (et, ce faisant, de soulager le visiteur d’un effort superflu) et l’on déambule, façon touristico-historique, dans une petite partie de l’impressionnant réseau, guidé par un éclairage savamment disposé et manipulé avec gourmandise par notre guide (un dispositif qui a fini par éconduire les chauves-souris qui gîtaient là).

Déambulation forcément frustrante quand l’envie (re)démange de bifurquer en douce vers une chatière aperçue au passage, à moins qu’il ne s’agisse que du souvenir de ces gamins un peu turbulents (qu’on n’appelait pas encore « sauvageons ») et que j’emmenais en spéléo dans les grottes de Rancogne (d’où les chauves-souris, m’a-t-on dit, n’ont pas disparu), épopées à destination éducative qui s’apparentaient au paysage aventureux qui accompagne Don Quichotte…

On rejoint la grotte de Niaux par la route, c’est-à-dire paresseusement, alors que quelques centaines de mètres de reptation dans des boyaux plus ou moins étroits et le passage de deux siphons délicats auraient permis de la rejoindre « spéléologiquement ». La grotte de Niaux est une grotte à peinture « rupestre », version magdalénienne (soit de 17000 à 10000 ans avant le présent). Une déambulation de quelque huit cents mètres (l’art rupestre se mérite !) nous conduit à nous pencher, avec beaucoup de sérieux, sur quelques croquis de bisons, chevaux, mouflons et lion des cavernes (quoique l’interprétation de ce dernier croquis soit l’objet de controverses), ainsi que sur ce mystère : pourquoi des hommes s’enfoncèrent-ils si loin dans l’obscurité la plus profonde pour venir y croquer ces portraits animaliers ? Doit bien y avoir de la ou du (notre guide hésite) symbolique là-dedans ? Du mystère et de la boule de gomme aussi, pensé-je fort timidement, convaincu de l’impertinence de cette pensée alors que nous n’étions pas loin d’invoquer Lévi-Strauss et Leroi-Gourhan… Je préfère imaginer une bande de joyeux magdaléniens dessinant quelques animaux familiers dans la profondeur de cette grotte (ils en profitent au passage pour inventer l’expression devenue quelque peu familière, je vous l’accorde, de « trou du cul du monde ») ; une bande de joyeux magdaléniens, donc, croque quelques animaux familiers dans le trou du cul du monde et se poilent à l’idée des générations futures se demandant pourquoi ils sont venus dessiner là ! Et quelles significations fortement symboliques il convient de lire dans ces tags…

 

Extravagance de gouvernants

On visite le château de Puilaurens, petite forteresse militaire construite vraisemblablement au XIII siècle, époque où Saint Louis régnait sous un chêne, ce qui prouve en passant que l’extravagance des gouvernants ne date pas d’aujourd’hui (ni leur mauvais goût). On s’extasie devant l’art militaire quoique l’on ne sache pas précisément si cette forteresse si haut perchée a eu à subir quelques assauts espagnols. Pour tout dire, on se demande bien pourquoi un subtil tacticien espagnol (j’avance l’hypothèse, certes un peu hardie, que le militaire espagnol de cette époque, grosso modo celui d’avant le traité des Pyrénées de 1659 qui rendra caduque ce genre de fortin, tout au moins à cet endroit frontière entre royaume de France et royaume d’Espagne, aurait voulu tenter un assaut contre vingt-cinq sergents (volume de la garnison, nous apprend la notice accompagnant la visite), bien à l’abri derrière les hauts murs de Puilaurens. Pour y faire quoi ? Autant contourner ce prurit de ligne Maginot et engager ses forces ailleurs.

Un autre détail force à ne pas prendre trop au sérieux cette forteresse : sous prétexte que Blanche de Bourbon (une petite-nièce de Philippe Le Bel, lui-même petit-fils de Saint Louis) y aurait séjourné, on a baptisé une des tours celle de la « dame blanche » et l’on agrémente le tout de l’histoire de son fantôme venant y errer certains soirs…

 

L’histoire, cette machine à interpréter les faits

On visite le château de Monségur qui, outre une belle grimpée à flanc, pour peu que l’on s’y prenne de bonne heure, est l’occasion d’une réflexion sur l’histoire comme machine à interpréter les faits : Monségur (le siège, la reddition, puis le bûcher de) est-il un épisode déterminant de la croisade menée contre les cathares ou une anecdote revisitée (et amplifiée) sous le triple joug d’une pensée ésotérique (le saint Graal et le reste) ; du politique (la résistance occitane) ; et du touristique (venez visiter l’authentique pays cathare)…

Dans le château, on s’interroge de nouveau sur cette manie des visiteurs de se faire photographier et de photographier le site : le premier geste souvent avant de regarder, cette soumission à la dictature du rectangle de l’écran comme découpage obnubilé du monde.

On redescend au village déjeuner dans une pension (une enseigne peinte annonçant « café-hôtel M. Couquet » s’estompe paisiblement en façade). Dans la salle à manger où domine le bois (plancher ; murs recouverts à demi de ce qu’on appelait de la « frisette » à l’époque où ce matériau était à la mode ; meubles hétéroclites…) et occupée par trois tables recouvertes de nappes imprimées, le premier sentiment qui vient est d’être accueilli chez quelqu’un… sentiment que l’on voulut prolonger par le choix d’une tarte à la framboise que l’on imaginait aussitôt « maison », comme le souvenir d’une gourmandise de nos grands-mères, sentiment hélas trop rapidement déçu, parce que démenti par la livraison d’une pâtisserie à peine décongelée !

En repartant, on apprenait la mort de Laurent Fignon, coureur cycliste iconoclaste que le peloton surnommait le « professeur » et dont on se souvenait d’avoir suivi les exploits sur le Tour.

Au retour, on apprend dans Libé que l’on peut télécharger une application sur son iPhone qui vise à contrecarrer le GPS. Entendez par là que quand celui-ci vous délivre un itinéraire optimal, celui-là (« Serendipitor ») trace un itinéraire sinueux entre points de départ et d’arrivée, dont on peut augmenter ou réduire, au cours de son périple, la complexité : une aide pour guider notre errance en quelque sorte… La modernité possède décidément quelques qualités, dont la moindre n’est pas celle d’être inépuisable !

3 Commentaires

Grande taille

Article très intéressant, merci pour ces informations.

Ecrit le 30/11/2012 à 13h52

puma pas cher femme

il n'est pas difficile de maintenir la conversation avec toutefois quelques techniques simples.vous possedez non seulement la structure, vous possedez egalement tout ce qui est a l'interieur.par exemple, si l'organisation a jete un parti, ils presentent un grand besoin de nettoyage avant et apres la partie de faire les choses spic.en quelques clips assortis, ou porter un bandeau mignon avec un petit pain ou ponytail.put sur les chaussures et une veste.

Ecrit le 22/11/2012 à 03h23

requin tn

ce qui distingue commedia dell'arte d'autres pourmes de perpourmances a:? commedia dell'arte est de cinquante pour cent physique et verbale cinquante pour cent parce que c'est dans le masque, il doit etre incroyablement physique, certains des acteurs pourrait etre verres et des danseurs grandes gestes physiques sont..ces programmes de suivi des reparations, pieces de rechange, d'entretien utilises sur le vehicule et la consommation de carburant.le monde a certainement pris sur le phenomene world wide web.si plusieurs couples peuvent etre trouvees, cependant, cela peut indiquer que vous aimez a accumuler des chaussures de sport things.owning dit une chose tout a fait differente de vous.

Ecrit le 22/11/2012 à 03h00

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